Né en 1899 et décédé en 1968
Usher Arthur Fellig, dit Weegee, est
l'archétype du photographe de presse du XXe siècle.
L'essentiel de son oeuvre s'accomplit entre 1935 et 1945 où il
fut le photographe-reporter des principaux quotidiens new-yorkais.
Ce sont des années frénétiques de nuits sans
sommeil, d'heures d'attente dans sa voiture ou dans des chambres
borgnes, toujours prêt à bondir pour se rendre sur les
lieux de tous les drames imaginables. Il rapporte à la presse
les photos les plus saisissantes des meurtres, arrestations,
incendies ou accidents qui ont émaillé la
nuit.
Weegee possède l'art de photographier comme
d'autres ont en eux la capacité de peindre. Il se retrouve
à la croisée des chemins, enrichissant ce qui ne devait
rester que de la photo de faits divers par un regard subjectif sur
le sens des évènements, tout en leur conférant une
dimension plastique. C'est avec une sorte de jubilation parfois
tragique, souvent violente, que Weegee appose son regard sur la
ville et ses habitants. Véritable maître du noir et
blanc, il nous livre, en premier lieu, sa vision de la beauté
architecturale de New York et la puissance phénoménale de
ses bâtiments.
Elevé dans le Lower East Side, l'un des
quartiers parmi les plus misérables de New York, Weegee se
fait le témoin de la pauvreté et de son cortège de
malheurs. Il observe aussi les classes aisées étalant
avec impudence leur richesse. L'enfance, le monde de la rue et le
sommeil qui ressemble si étrangement à la mort deviennent
ses thèmes privilégiés. il décrit à la
manière de Dashiell Hammet, le théâtre de la
criminalité américaine. Ses photos de gangsters tués
en pleine rue, les yeux fixant le vide ou celles de tueurs
dissimulant sous un mouchoir leur visage d'assassin, serviront par
la suite de référence au climat des films noirs
hollywoodiens. Weegee se penche sur l'injustice qui frappe la
communauté noire. Il dénonce le régime d'apartheid
en vigueur alors dans certaines villes des Etats-Unis. C'est avec
une profonde empathie qu'il photographie l'étrangeté des
êtres et leur singularité.
Ses photographies vont directement inspirer les
artistes du Pop Art qui puisaient leurs sujets dans la presse et la
publicité. Andy Warhol se servit
des photos d'accident de voiture prises par Weegee dans sa
série Orange Disaster, établissant ainsi un lien
nécessaire entre l'art contemporain et les images impitoyables
de la réalité.
En 1945, Weegee publie un livre intitulé
Naked City, fruit de ses années de travail. Le succès de
l'ouvrage confirme l'immense talent de son auteur. Il est
aujourd'hui considéré comme un photographe majeur tels
Alfred
Stieglitz, Bill Brandt ou
Brassaï.
Texte de Olivier et Bertrand Lorquin pour le musée
Maillol.
Depuis le 20 juin et jusqu'au 15 octobre se tient
au musée
Maillol dans le 7ieme à Paris une exposition sur Weegee,
reprenant une collection impressionnante de ses photos. Si vous
aimez les romans noirs, les sueurs froides, le noir et blanc, et
l'humour décapant cette expo vaut vraiment le coup
d'oeil. Personellement c'était la première fois que
la photographie me plaisait en tant qu'art autant que la peinture
ou la musique...
Quelques liens pour plus d'infos sur
Weegee:
weegeecollection
weegee's world